Enquête sur le vol MS 804 : justice sous pression, familles en colère
Neuf ans après la catastrophe aérienne qui a coûté la vie à 66 personnes, dont 15 Français, l’enquête judiciaire arrive à un tournant décisif. Les magistrats instructeurs doivent trancher entre clore le dossier ou poursuivre les investigations réclamées par les proches des victimes. Une décision qui cristallise toutes les tensions autour d’une enquête contestée depuis le début.
Un choix crucial pour les juges d’instruction
Les magistrats se trouvent face à deux options diamétralement opposées. D’un côté, ils peuvent suivre les recommandations du parquet de Paris, qui réclame depuis avril 2023 un abandon pur et simple des poursuites. De l’autre, ils peuvent donner suite aux demandes des parties civiles qui exigent des investigations complémentaires.
Ces dernières souhaitent notamment que la compagnie égyptienne soit mise en examen, une étape jamais franchie malgré les années d’enquête. Cette mise en cause permettrait d’examiner en profondeur les questions de maintenance et de procédures de sécurité de l’appareil.
Le drame du vol MS 804
Le 19 mai 2016, l’avion assurant la liaison entre Paris et Le Caire disparaissait brutalement des radars. À son bord, 40 ressortissants égyptiens et 15 passagers français périssaient dans des circonstances qui restent aujourd’hui débattues.
Cette tragédie a marqué le début d’une procédure judiciaire marathon qui laisse un goût amer aux familles endeuillées, confrontées à près d’une décennie d’attente et d’incertitudes.
Des conclusions du parquet vivement contestées
L’explication officielle retenue par le ministère public pointe du doigt un incendie provoqué par une fuite d’oxygène combinée à une source de chaleur dans le poste de pilotage. Les enquêteurs évoquent également une erreur du copilote, survenue dans un contexte marqué par de la musique en fond sonore et un manque de professionnalisme.
Mais cette version des faits est vigoureusement rejetée par les parties civiles. Elles dénoncent une justice « bâclée » et des conclusions « tronquées », estimant que de nombreuses zones d’ombre subsistent.
La position des avocats des familles
Me Sébastien Busy, qui représente plusieurs familles ainsi que la Fenvac, insiste sur la nécessité d’examiner les consignes de sécurité. Il soulève notamment la question de la permission de fumer dans le cockpit, une pratique qui aurait pu jouer un rôle dans le drame.
L’avocat réclame que la compagnie aérienne soit auditionnée en France, une démarche jamais menée à ce jour. De son côté, Me Antoine Lachenaud, conseil de la famille de Clément Cormary Daeschner, demande que des enquêtes soient diligentées pour établir la vérité de manière complète et sérieuse.
Le BEA critique l’instruction
Le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile a exprimé ses réserves sur les conclusions du parquet. L’organisme technique évoque une possible défaillance de composants qui n’aurait pas été suffisamment explorée.
Cette prise de position du BEA renforce les arguments des parties civiles qui réclament l’approfondissement du dossier. Elle met également en lumière les divergences d’interprétation entre les experts techniques et les magistrats.
Des relations tendues avec l’Égypte
La coopération avec les autorités égyptiennes s’est révélée particulièrement problématique tout au long de l’instruction. Le Caire a notamment annoncé la découverte de traces d’explosifs, une affirmation immédiatement contestée par la France.
Ce manque de collaboration entre les deux pays a considérablement compliqué le travail des enquêteurs français, qui n’ont pas pu accéder à l’ensemble des éléments du dossier. Cette situation a alimenté les frustrations des familles de victimes.
Un sentiment d’abandon pour les proches
Les familles des disparus expriment leur sentiment d’être abandonnées par l’institution judiciaire. Elles reprochent une enquête incomplète qui ne permet pas de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de l’accident.
Ces proches dénoncent une décennie de procédures douloureuses, marquée notamment par une perquisition inhabituelle menée au BEA, événement rare qui témoigne des tensions entourant ce dossier sensible. L’attente d’une véritable reconnaissance et d’explications complètes se poursuit.

